Elsa et Zora : deux adolescentes allemandes comme toutes les autres à première vue. Elles aiment s'amuser, sortir, faire la fête, leurs familles, leurs amis, la vie en général. Seulement, elles ont une particularité, quelque chose qui les sort de l'ordinaire, même si elles auraient préféré que ça ne se sache jamais, garder ça pour elles, et se contenter de le vivre.
Mais dans l'univers « Tokio Hotel » rien n'est laissé au hasard et si vous en faites partie, ces deux prénoms vous disent forcément quelque chose. Ce sont des amies très proches du groupe et des milliers de filles aimeraient pouvoir être à leur place. Certaines leurs reprochent de ne pas réaliser la chance qu'elles ont. Mais est-ce qu'elles réalisent, elles, ce que c'est d'avoir l'image des « amies de Tokio Hotel » ? Est-ce elles qui s'en prennent dans la gueule tout les jours par des gens qu'elles ne connaissent même pas ? Est-ce elles qui ont la peur au ventre quand le groupe fait un déplacement ? Est-ce elles qui pleurent avec eux quand il y a un problème ? Est-ce elles qui doivent supporter leurs sautes d'humeur ? Est-ce elles qui les voient s'éloigner sans pouvoir rien faire ? Non, elles, elles ne voient que le bon côté de Tokio Hotel, les stars montantes qui font rêver des milliers de filles.
Seulement la vie n'est pas un rêve. Et eux sont des être humains avant tout, ce que personne ne semble comprendre. Tout le monde les veut, tout le monde les aime, tout le monde est aux petits soins pour eux. Mais est-ce que tout le monde serait prêt à faire ce qu'elles ont fait elles ? Seront-ils là quand il y aura un souci ? Quand ils finiront par se casser la gueule ? Personne ne peut répondre, parce que personne ne sait, personne ne les connait à part à travers une image. Pourtant, elles, elles seront la, malgré la distance qui s'installe et qui les éloigne. Elles les aiment pour ce qu'ils sont, pas pour ce qu'ils paraissent, parce que oui, elles, elles sont de ces rares personnes qui les connaissent réellement. Mais ca, ca ne suffit plus, ils ne sont plus dans le même monde. Et tout ça leur semble tellement loin. Elsa et Zora les soutiennent quand même, toujours la pour leur tournée en Allemagne, même si elles donnent plus l'impression de vulgaire fans, que d'amies du groupe...
Novembre 2oo7.
La tournée française vient de se terminer en apothéose. Demain, ils seront de retour en Allemagne pour un unique concert à guichets fermés. Tout le monde sait qu'ils en feront une plus longue vers mars-avril 2oo8, mais ni Elsa, ni Zora, n'a la patience d'attendre jusque la, et quitte à ne les voir que sur scène, elles les verront quand même. Leurs parents ne comprennent pas, ou ne cherchent plus à comprendre leur entêtement pour eux, malgré qu'ils leur ont fait du mal, elles persistent. « Ils ne peuvent pas non plus avoir changé du tout au tout... Ils restent Georg, Gustav, Tom & Bill ! ». Cette phrase ils l'ont entendue des centaines de fois, à chaque fois qu'ils essayaient de faire changer d'avis leurs filles. Mais rien n'y faisait. Elles les aimaient, les aiment et les aimeront. Quoi qu'il en soit, quoi qu'il advienne. Ils n'ont surement pas conscience de la chance qu'ils ont de les avoir, d'avoir des amis fidèles, qui les aimeront avec ou sans succès. Non, ça pour le moment, ils l'ont oublié, enfermés dans leur cage dorée où ils n'ont plus conscience de rien. Rien n'est assez beau, rien n'est assez grand pour les Tokio Hotel...
Elsa et Zora ferment leurs sacs, direction la gare. Elles partent aujourd'hui pour être sures d'avoir une bonne place demain... Folles ? Non, elles savent qu'il y a déjà des gens la bas, et elles ne veulent pas non plus se retrouver de le fond de la fosse. Non, elles veulent encore les admirer une fois, une dernière fois...
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Tokio Hotel, le phénomène. Désormais, c'est toujours dans ces mots qu'on parlait d'eux. Ils n'étaient plus qu'un phénomène de mode, célèbre certes, mais destiné à laisser la place à d'autres quand le moment serait venu. Mais les quatre allemands ne pensaient pas à ça pour le moment. Non, pour le moment, ce qui comptait, c'était leur carrière, leur groupe, leur musique, leur image. Eux. Egoïstes ? Pas vraiment. Seulement réalistes. Ils savaient, même inconsciemment, que s'ils n'étaient pas attentifs une seule seconde à ce qu'ils faisaient, tout pouvait s'écrouler du jour au lendemain. Et cette carrière, ils l'avaient tellement désirée, tous, qu'aucun d'entre eux ne se permettrait de laisser passer leur chance. On avait beau répéter de tous côtés qu'avant tout, ils étaient des adolescents normaux, eux savaient très bien que c'était loin d'être le cas. Leur vie ne pourrait être qualifiée de « normale » par quelqu'un de censé, surtout pour des ados. Se lever à 5h du matin, traverser la France en Tour Bus pour terminer la journée par des dizaines d'interviews, de photoshoots et d'un concert mémorable, ce n'était pas « normal » pour des ados. Ils le vivaient bien, du moins voilà ce qu'ils pensaient.
Aujourd'hui, ils étaient de retour en Allemagne pour un unique concert, le seul concert dans leur pays natal depuis assez longtemps. Ils parvinrent avec difficulté à rentrer dans l'hôtel, sous les cris de toutes les jeunes filles qui étaient la pour eux, pour les voir, les toucher. Ils ne signèrent pas d'autographes, ils n'en avaient pas le temps. Une demi-heure, voilà le temps qu'ils avaient pour découvrir leur chambre, y déposer leurs affaires et peut-être prendre une douche rapide avant de repartir vers la salle de concert. Comme d'habitude. Leurs journées étaient des éternels recommencements.
Essoufflé, Bill entra dans sa chambre, déposant pêle-mêle sur le grand lit des peluches et autres cadeaux que des fans lui avaient donné en passant. Il ouvrit son sac, y farfouillant pour en sortir un carnet noir dans lequel il écrivait ce qui lui passait par la tête. Parfois, ce carnet lui servait de journal, mais c'était plus rare, et la majorité des pages étaient griffonnées de petits bouts de phrases qui serviraient probablement à écrire le prochain tube. Il aurait aimé prendre une douche, se relaxer avant de devoir repartir, mais les idées n'attendaient pas. Il fallait les coucher sur papier avant qu'elles ne s'envolent en fumée, ce qu'il fit. Après avoir noirci quelques pages de notes, il entendit trois coups à la porte, puis la voix de son jumeau l'appeler. Le précieux carnet refermé, Bill s'en alla. Il n'avait pas vu la photo, coincée entre deux pages du carnet, qui s'était envolée pour aller se poser presque sous le lit. Cette photo était la première du groupe au complet, encore appelé Devilish à l'époque. En arrière-plan, deux autres silhouettes. Deux jeunes filles.